03.12.2006

D. Baikal I - Le froid sibérien

Non, le froid sibérien n’est pas une légende. Qui en aurait douté ? Et encore, nous bénéficiâmes d’un climat amène, -20ºC. Nous n’avions pas atteint ces pointes de froid où l’haleine, au sortir de la bouche, se transforme immédiatement en cristaux de glace et tombent au sol avec un bruit que les locaux surnommeraient « le murmure des étoiles ». Une légende indigène affirme qu’aux époques de froid extrême les mots eux-mêmes gèlent et tombent à terre. Ils sortent de leur léthargie au printemps et commencent à vibrionner ; soudain l’air s’emplit de bouts de conversation, de déclarations d’amour périmées, de lamentations oubliées.

La « promenade » autour du lac Baïkal se révéla un clin d’œil aux expéditions arctiques. Un beau mot anglais est « to perambulate ».

At Syon, we perambulate a succession of rooms of the greatest magnificence, beginning with the entrance hall, with an apse of columns -- characteristic of Adam, all dazzling whiteness.

Pourrait-on dire pérambuler en français ? « Nous pérambulâmes le long de la plage ».

Dans les longs conciliabules en Ville sur la manière de se couvrir, avant le départ, les avis étaient partagés entre l’anorak dernier cri et les vêtements isothermiques, et les superpositions. J’avais choisi la dernière formule, mais je ne m’imaginais pas me retrouver pour les besoins de l’excursion avec plusieurs paires de chaussettes aux pieds, un pantalon en velours côtelés, deux ticheurtes, deux pulls, un tweed, un manteau, une écharpe himalayenne, une cagoule, un bonnet afghan, des gants et des lunettes de soleil.

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Pour nous réchauffer, nous dévorions de délicieuses spécialités. Les dîners étaient très agréables, les plats étaient présentés à table, selon le système du « service à la russe », d’ailleurs, importé en Europe par le prince Kourakine. Les mastications étaient ponctuées de toast portés en l’honneur des commensaux. Le troisième toast est toujours porté à l’amour et aux femmes. Aussi il revient aux hommes de dédier ce toast et, parmi les hommes…. L’honneur est réservé aux Espagnols, leur réputation de galanterie, ou plutôt de séducteurs-nés ayant franchi la chaîne de l’Oural, ce qui explique sans doute que notre entourage aura été exclusivement féminin durant le séjour. Ce privilège de lever son verre en l’honneur de la beauté et des charmes de la gens féminine… m’était donc également destiné… en tant que Madrilène ; car même si la noirceur ténébreuse d’Alceste, et ses yeux charbonneux, contrastaient avec ma physionomie, qui se rapproche plus des pâleurs slaves, j’étais mis dans le même sac. Cet amalgame provoqua un léger quiproquo, car nous croisions quelquefois une délégation de quelque département de France, qui s’étonnait. Pour en revenir au troisième toast, consacré au « nerf de l’esprit humain », il n’était pas difficile de parler des yeux de Sibérie, ni d’inviter nos hôtes à venir admirer les beautés ibériques.

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