03.12.2006

H. L'avant-garde russe... arrière-goût à Madrid

Je pensais aux ultimes images de Sibérie, et à d’autres choses, en visitant une exposition double dédiée à l’Avant-Garde russe, au Thyssen et à la Casa de Alhajas. Amandiers en fin de floraison, camélias exubérants, les premiers insectes estivaux à rôder. Le Thyssen présentait des œuvres « classiques », les productions de Kandinsky, de Chagall et Filonov, que j’avais d’ailleurs vues à l’occasion de visites des musées où elles résident normalement, et dans diverses expositions antérieures, notamment celle qui se tint à Bruxelles voici peu, dans le cadre de Europalia Russie. La Casa de Alhajas avait le mérite de présenter des œuvres mineures. Le bâtiment en soi permet de belles mises en scène, car il possède un large patio intérieur, abrité d’une verrière. À l’occasion de l’exposition, les murs ont été repeints en un bleu pétrole ombreux, et un immense panneau au milieu du patio accueillait le visiteur en montrant la fameuse œuvre de Tatline, le Monument à la Troisième Internationale, datant de 1920, une maquette constructiviste qui ne se réalisa jamais, une utopie comme la doctrine qu’elle entendait illustrer. Elle ressemble, déhanchée, à la Tour de Babel de Breughel.

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Mais c’étaient surtout les affiches de propagande de Gustav Klutsis et les photographies d’Alexandre Rodchenko, images d’endoctrinement d’un monde où j’aurais été mis au goulag illico presto, où lire Marcel Proust aurait été contre-révolutionnaire et les états mélancoliques contre-productifs. Une affiche écarlate me fit vraiment frémir, elle portait pour titre : « Ouvriers, nous dépasserons le plan quinquennal ! nous l’accomplirons en quatre ans ! ». Il y avait également un service à thé « suprématiste » de Nikolai Suetin et des échantillons de tissu pour des robes ou des fauteuils, avec des faucilles, des engrenages mécaniques, des barrières révolutionnaires, des pionniers. J’avais l’impression de me trouver devant les éléments d’un passe-temps, une gigantesque boîte à jouets, comme s’il s’agissait de « s’amuser à la révolution russe » comme l’on pourrait se divertir à cow-boys et indiens, se retrouver dans un deux-pièces aux murs recouverts de papiers entrelaçant des faucilles et des gerbes de blé, me servant du thé dans une tasse à la Malevitch, après avoir travaillé pour le bien du peuple en aidant à la construction du Monument à la Troisième Internationale, une nouvelle Babel...

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Le soir je dînais en compagnie de Filiberto, ce qui accentua encore –vraiment- le contraste. Il m’offrit un livre sur Jean de Bourgogne. Le lendemain je déjeunais en compagnie de la Dame de Lahore, un autre contraste, d’autant qu’elle me parlait de son anniversaire, qu’elle s’en allait fêter à New-York en compagnie d’autres amies Bégums trimballées de Londres, de Dubaï et d’autres lieux pour l’occasion. Pourvu qu’elle y demeure ! Je lui souhaite sincèrement tout le bien du monde, mais loin de moi, hors de ma vue. Je lui ai versé un tribut sous forme de bracelets en ambre de la Baltique.

De « souvenirs de Sibérie», qui trône maintenant sur une étagère, j’ai acheté deux boîtes en lapis-lazuli, qui s’ajoutent à deux boîtes façonnées dans la même pierre, ramenées du Pakistan ; et une autre du Chili. J’ai en effet une passion pour 1º les boîtes et 2º le lapis-lazuli. Le lapis, pour sa couleur bleue, mais aussi, parce qu’elle guérirait de la mélancolie. Selon William Rowland, dans son traité The Complete Chemical Dispensatory, la pierre

purgeth chiefly melancholy, cures quartans, apoplexies, epilepsies, diseases of the spleen, and many forms of dementia

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